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La vie parmi les fuites du pétrole — un voyage à Komi, au nord de la Russie

Ян Беранек

Pendant mon dernier voyage à Russie mes collègues de Greenpeace de Moscou ont organisé une petite sortie dans le Grand Nord. Notre destination était les alentours de la ville d’Usinsk dans la République de Komi, le territoire à environ 50 kilomètres au sud du Cercle Polaire. 

 

 

La première chose qui a frappe l’oeil lors de l’atterrissage c’était les couleurs étonnantes de la taïga d’automne — des vastes forêts et des lacs bleus comme des pierres fines, entourant la rivière.

Malheureusement, notre mission ne consistait pas en admiration de la beauté de la nature locale, mais en enregistrer les effets déstructifs des activités de l'industrie pétrolière dans ces endroits lointains et vierges. C’est grâce à ce fait que la région de Komi a eu de la chance non seulement d’avoir la riche faune habitée par les populations autochtones, mais aussi, malheureusement, d’avoir des réserves de pétrole importantes. La plupart d' eux sont développés et exploités depuis les années 1970, à présent par Lukoil — la deuxième plus grande société pétrolière russe.

Autrefois j'ai déjà lu sur leurs problèmes, en particulier sur les fuites de pétrole, mais maintenant j'ai eu l'occasion de voir tout par mes propres yeux - littéralement dire, sur le terrain.

 

 

Après deux heures de vol de Moscou, nous arrivons au petit aéroport d'Usinsk. Ici nous voyons encore quelques dizaines de personnes, dont la plupart sont des travailleurs qui font la rotation. Nous sommes accueillis par Roman et Volodia, ainsi que par deux résidents locaux du Comité de sauvetage de Pechora: Catherine et Valery.

 

 

Nous nous mettons en route presque immédiatement — il nous ne reste que quelques heures avant la tombée de la nuit. Nous sommes partis vers l'ouest, passant la ville d’Usinsk à côté.

 

 

Sur la route, en minibus, on nous explique la situation. Dans cette région il y’a environ 65 plateformes de forage actives, et seulement ceux qui appartiennent à Lukoil, produisent 17 millions de tonnes de pétrole par an. Le pétrole brut est transporté par des pipelines vieillissants vers des installations locales pour la raffinage primaire, et plus loin — vers le sud jusqu'au terminal principal d'Ukhta.

 

 

Le problème commence avec les installations du forage ils-mêmes, car ils brûlent régulièrement les gaz de tête des puits, libérant non seulement du CO2, mais aussi des toxines cancérigènes en grandes quantités. Mais malgré les promesses du gouvernement russe d'arrêter cette pratique même en 2007, nous avons non seulement vu les flammes de dizaines de torches le long de la route, mais aussi senti leur odeur dégoûtant.

 

 

Mais ce qui est encore pire — les pipelines endommagés par la corrosion. Des centaines de kilomètres s’enfouis dans des remblais bas, et souvent commencent à fuir dans quelques décennies, à cause des conditions difficiles. Cependant, en raison du manque d'investissement,  la pluspart des pipelines de pétrole existantes en Russie ont l’âge de plus de 30 ans. Comme résultat, le pétrole a déjà coulé dans des centaines d'endroits, et ce n'est que dans la zone que nous avons visitée.

 

 

Cela ne nous a pas pris longtemps pour arriver à l'endroit où un grand déversement de pétrole a eu lieu récemment, à côté des réservoirs de stockage locaux et deux torches de raffinerie. Cette nappe de pétrole ouverte existe ici depuis un an. Les guides locaux nous disent qu'il y a quelques années il y a eu une autre fuite de l'autre côté du même pipeline. C’est invisible, parce que "Lukoil" l'avait recouverte d'une couche de sable fine. Mais quand je sors sur la plaine sablonneuse, mes bottes de caoutchouc s'enfoncent dans la boue noire en un instant. L'huile qui a fuis est toujours là. Évidemment, cette méthode de lutte contre les déversements de pétrole ne sert qu’à cacher. Le nettoyage proprement dit, qui empêcherait la pénétration du liquide toxique dans le sol et dans l'eau, n'est pas effectué ici.

 

 

Nous profitons de l’occasion de déployer une bannière avec l'inscription «Ne fais pas des fuites ici» à l'appui de la campagne des éleveurs de rennes locaux «StopOilSpills» . Ce sont ces communautés locales qui souffrent le plus — de la pollution constante de l'air, du sol et de l'eau causée par l'industrie pétrolière. Le niveau d'incidence du cancer parmi eux augmente, leurs moyens de subsistance sont vraiment inondés de pétrole, tandis que les autorités ne les entendent pas, les représentants de l'industrie pétrolière locale non plus.

 

 

C’est grâce seulement à la campagne implacable, soutenue par les activistes locaux du comité de sauvetage de Pechora et de Greenpeace, ils ont réussi à obtenir une certaine reconnaissance. Cependant, l'ennemi est très fort. Peu de chose ont changés et de faibles pipelines continuent d’écouler le pétrole.

Ensuite, nous allons à l’endroit de la plus grande marée noire dans l'histoire de la Russie (pour le moment). En octobre 1994, un gross explosion de l'oléoduc est arrivé ici et plus de 100 000 tonnes de pétrole ont inondé plusieurs hectares de terres environnantes.

 

 

Selon les informations disponibles, tout ce territoire a été débarrassé de pétrole, mais aujourd'hui encore — après plus de vingt ans passés — nous traversons çà et là des étangs de pétrole.

 

 

Il commence à faire sombre, alors nous nous dépêchons vers un autre déversement puissant, que Valéry et ses amis ont récemment découvert.

 

 

Chemin faisant nous nous arrêtons près d'un autre phénomène typique — un étang mélangé à de l'huile et d'autres produits chimiques. Tout au long de la route il y a beaucoup d'autres étangs et fossés pareils.

 

 

Ce que nous voyons plus loin ce n’est pas la fuite de pétrole brut, mais plutôt de liquide chimique, qui est utilisé pour diluer le premier. Cela lui permet de s'écouler en douceur à travers des pipelines plus longs. En un endroit en quelque distance de nous on voit cinq travailleurs, apparemment en train d'essayer de faire quelque chose avec une fuite de cette liquide. Prenant en compte la zone noircie et impregnée de liquide toxique, leurs tentatives ne causent que de la pitié.

 

 

Nous passons quelques centaines de mètres de désordre et voyons un autre endroit où le tuyau fuit. Ce trou était "fixé" par le collier qui l'entourait.

 

 

On a l’impression que la façon habituelle de travailler ici c’est d'attendre la fuite, puis de déterrer la section endommagée du pipeline, la réparer et l'enterrer de nouveau, et continuer l'activité comme si rien ne s'etait passé.

 

 

La nuit arrive vite, et nous devons la passer. Valeriy organise une réunion avec les gens du pays: ils vont nous attendre à l'hôtel ce soir.

En trois photos au-dessus vous pourriez prendre par erreur des taches roses dans le ciel pour crépuscule, mais ce sont des reflets d'éclairs de gaz sur des nuages ​​bas. Maintenant, quand le ciel est devenu plus sombre, ils sont visibles dans toutes les directions.

Sur le chemin du retour nous apprenons de nos collègues que, selon les estimations, environ 30 millions de barils de pétrole (soit environ cinq millions de tonnes) s’écoulent chaque année sur les terres du territoire de la Russie. C’est pourquoi ce que nous avons vu en effet n'est que la pointe de l'iceberg. L'ampleur du problème devient encore plus terrible en comparaison avec le fameux déversement de pétrole dans le golfe du Mexique en 2010. Environ 5 millions de barils de pétrole ont été fuis et provoqués alors une grave catastrophe environnementale, pour laquelle la société British Petroleum a été condamné à une amende de 20 milliards de dollars,et en plus elle a eu des énormes coûts de nettoyage et d'indemnisation. 

Cela signifie qu'ici, en Russie, pendant l'exploitation de l'industrie pétrolière, il y a une fuite annuelle équivalente à six catastrophes du «Deepwater Horizon» (le nom du plate-forme de BP)! Et en même temps, personne n'est pas poursuivi, rien n'est rendu public même dans le pays lui même.

Le lendemain nous devons nous lever très tôt, avant l'aube, pendant qu’il fait encore nuit (autant que possible avec des torches lumineuses autour). Nous nous dirigeons vers le village éloigné de Kushshor. Il est situé sur la rive haute de la rivière Pechora, et on peut l'atteindre seulement par l’eau — aucune route n’y mène jusqu'à présent.

 

 

Après avoir passer deux heures sur une route défoncée nous arrivons d'Usinsk à une petite ville d'Ust-Usa. On peut aller plus loin seulement sur les bateaux à moteur.

 

 

Chaudement vêtu, un imperméable à l'eau par-dessus, nous attendons deux bateaux. Aujourd'hui c'est couvert, la pluie continue, et pour les prochaines une heure et demie nous devrons nous serrer dans un petit banc en plein vent pendant que les bateaux chassent la rivière. Pas très confortable, mais, à mon avis — mieux que des nuées de moustiques en été.

 

 

La rivière Pechora est impressionnante — elle s'étend sur plus de 2 km à travers, mais pour la pluspart de notre voyage elle est divisée en deux parts par d'immenses îles de sable. L’eau propre, vivante et belle, encadrée par une bande lumineuse de la forêt d'automne infinie.

 

 

Quelque temps après, les conducteurs des bateaux tournent brusquement et nous nous dirigeons vers une petite baie. Nous voyons déjà quelques maisons en bois sur la pente.

 

 

Nous allons vers l'un d'eux. Le panneau de signalisation bilingue (en russe et en komi) nous'informe que nous sommes dans la rue Solnechnaya, maison 3. C'est l'adresse de Nina Volotovskaya et son mari Ivan qui nous accueillent largement souriant et nous invitent à nous cacher de la pluis dans leur maison chaleureuse.

 

 

Je leur donne un dossier avec de belles photos prises au début de l'année par mon ami et collègue Masha. C’est un cadeau rare qu'ils ont vraiment apprécié, aussi bien que deux paquets de vraies gaufres hollandaises, que j'ai apporté avec moi. C’est quelque chose qu'ils n'ont jamais vu ou essayé auparavant.

Mme Volotovskaya est l'un des héros des Komis. L'été dernier, quand l’installation de forage pétrolière de l'autre rive s’est enflammée, elle avec d'autres activistes locaux ont fait tout leur possible pour attirer l'attention à ce qui se passait. Les autorités et la société ignoraient la fumée forte qui étouffait les villageois. Quand elle a appelé le maire, il a répondu qu'il ne voulait avoir aucun rapport à cela. C’est seulement un mois plus tard, après de nombreuses tentatives des activistes, le problème a été finalement remarqué et résolu. Pouvez — vous imaginez que cet incendie terrible près du village durait un mois entier!

 

 

Mais aujourd'hui c’est une journée heureuse — pour elle et pour nous aussi. Assis autour de la table pleine de délices locaux, en racontant des histoires inspirantes l’un à l’autre, nous sentons comment notre engagement mutuel à lutter contre l'impact environnemental et l'injustice des grandes entreprises sales augmente.

 

 

Malgré la pluie continue, nous sortons sur la colline au-dessus du village. D’ici  on peut voir des beaux paysages de la rivière Pechora aussi bien que des installations de forage sur la rive opposée, y compris le site de la catastrophe récente.

 

 

En montant la pente de la colline, nous passons devant un simple mémorial qui est fait de tôles grossièrement soudées. C’ est un rappel à une autre tragédie qui a frappé ce village il y a 70 ans.  En 1941, quand l'armée de l'Allemagne nazie avait ouvert le front de l'Est, le gouvernement de l'Union Soviétique a appelé chaque son citoyen à défendre la patrie. Appel aux armes a atteint même ce village lointain, et 30 personnes sont allées se battre pour le pays. La guerre finie, seulement six d'eux sont revenues vivantes. Je tache toujours de toutes mes forces imaginer comment les horreurs de cette guerre ont profondément blessé même un village si lointain de notre pays.

 

 

En cours de route, je croise un habitant qui transporte les prises d'aujourd'hui. Il connaît bien la rivière et m'explique que la taille et le type de poisson dépendent de la direction dominante de vent, aussi bien que de l'état actuel de l'environnement. L'un des problèmes qu'il partage avec nous est la pollution de la rivière causée par l'exploitation pétrolière; il se demande si cela peut avoir des incidences sur le poisson local.

 

 

La pêche pour les gens d’ici est l'une des sources de subsistance restées. Et comme si les cicatrices de la Seconde Guerre Mondiale n’étaient pas suffisants, le village de nos jours est confronté à une combinaison insupportable de difficultés économiques, sociales et écologiques, comme et d’autres localités pateilles. Avec la désintégration de l'Union soviétique la branche locale de l'entreprise agricole d'État (ferme d'État) a disparu aussi il y a un quart de siècle déjà, avec des possibilités d'emploi, et de nos jours il n'y a plus aucunes opportunités économiques pour les villageois. La population a diminué d'une centaine de personnes, qui vivaient il y a deux générations, jusqu’aux vingt habitants actuels. Les jeunes familles avec les enfants quittent le village à la recherche d'une vie meilleure et ne se dépêchent pas à rendre visite à leurs parents.

 

 

Heureusement pour Nina Volotovskaya, ses petits-enfants continuent à venir en vacances dans cet endroit merveilleux, où la vie quotidienne est si difficile. Elle me montre fièrement une photo de l'une de ses petites-filles dans de petites chaussures en caoutchouc rose. Je suis sûr que l'une des raisons pour lesquelles les filles tellement aiment à venir ici c’est les chevaux libres, que la famille garde dans la prairie près de la maison.

 

 

Je peux dire avec confiance que ces chevaux sont vraiment heureux ici, et c'est très facile de se faire des amis avec eux.

 

 

Avant de partir, je parle avec plaisir à Ivan, le mari de Nina, dans l’arrière-cour de leur maison. Il me dit que la neige tombera ici à la mi-octobre, et quelque temps après la rivière se gèlera jusqu'à la fin du printemps. Dès ce moment il ne pourrait pas se rendre à la ville sur le bateau à moteur pour faire du shopping qu’il font habituellement une fois par deux semaines (sucre, farine et d’autres produits nécessaires).

 

 

Ensuite il m'explique qu'en hiver ils changent de bateau pour faire de la motoneige, à l’aide de quoi ils se déplacent sur la glace. À ma demande, il me montre sa motoneige, qui est stockée dans un hangar à proximité.

 

 

Avant de quitter Kushshora, nous faisons une photo de groupe. C’est dur de dire au revoir. Nina et Ivan m'invitent à revenir, et si la visite tombe sur un long hiver subarctique, ils ont promis de me rencontrer et prendre d'Ust-Usa à cheval. Eh bien, ça ne s'est pas encore passé, mais, peut-être, un jour.

Bien que je sois loin maintenant, je me souviens souvent de ce peuple de Komi que j'ai eu de la chance de rencontrer, si courageux, résolu et inspirant. Je continue à me persuader que l'industrie pétrolière cause des dommages terribles à ces gens, à leurs terres et à toute notre planète entière. Et avec eux et beaucoup d'autres nous continuons notre lutte pour un monde meilleur.

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